Au petit matin, je me levais avec assurance, et l'esprit résolu. La nuit m'avait portée conseil, et j'allais mener mon enquête moi même, puisque tout le monde semblait n'être d'aucune aide. J'avais décidée de partir à la Push, d'une part pour m'amuser avec mes amis humains, d'autres part, pour comprendre un peu mieux qui étaient ces curieux indiens, les Quileutes.
Alice sauta sur mon lit et grogna.
_Si tu crois que je te laisserais faire, tu te fourres le doigt dans l'oeil, jusqu'au coude!
_ Figure toi que j'ai très envie de passer une soirée cool avec des humains.
_Ca ne t'amèneras rien de bon, d'aller là bas. Toi et moi on sait très bien pourquoi tu y vas. J'ai parlé avec Esmé.
_Tu n'as qu'à me dire la vérité, et je n'irais pas à la Push. La balle est dans ton camp.
_Maudit Edward. Soupira t-elle. Il m'a fait promettre.
_Laisse tomber, Alice. C'est juste que j'ai l'impression de devenir folle. Et je veux juste m'aérer l'esprit. Être insouciante, comme eux. Dis je en balayant des yeux la photo de classe du lycée qui trainait sur mon bureau.
_ Bon. Tu me promets que tu resteras avec les gens de la classe. Tu ne t' aventureras ni dans les bois, ni dans la réserve?
_ Franchement Alice, est ce que j'ai une tête de touriste! Oui, promis. Tu m'aideras à convaincre Edward?
_Ca risque d'être compliqué. Mais je vais essayer.
Bien entendu Edward refusa net. Hors de question, avait-il asséné, d'un ton coupant. Bella s'y était opposée avec vigueur. J'étais trop jeune, trop inexpérimentée. Pourtant j'avais une force herculéene, je ne craignais rien. Je m'enfermais dans ma chambre, essayant de cacher mes pensées aux oreilles de mon père. Je passais donc l'après midi à jouer de la guitare, cherchant d'oreille les bons accords.
_Nessie?
_Entre...
Bella et Edward étaient habillés avec recherche, ma mère portait une somptueuse robe de soirée bleue nuit et mon père était vêtu d'un smoking noir élégant.
_Vous sortez?
_ Carlisle a été invité avec ses «enfants» à l'inauguration de la nouvelle clinique. Nous assisterons au vin d'honneur. Nous reviendrons assez tard, mais ne t'en fait pas j'ai laissé un plat dans le four pour toi.
J'avais décliné l'invitation, prétextant des devoirs à faire.
_ Ok. Bonne soirée alors. Amusez vous bien.
Je m'efforçais de paraître nonchalante, afin de ne pas éveiller de soupçons. Ils filèrent aussi rapides que des fauves vers la volvo argentée de Bella. Lorsque le moteur vrombit, je sus que j'étais libre. Ce soir j'irais à la Push. J'enfilais un jean serré et mis une chemise grise à manche longue, avec, par dessus, un veston noir. Puis je pris les clefs de la Mazda de Edward, l'une de ses voitures de sport, la moins tape-à-l'oeil. Je n'avais pas souvent conduit, mais Emmett me donnait des leçons régulièrement. Mon grand père ne me mettrait pas en cellule pour une malheureuse fugue, pensais-je en souriant. Et je pris le chemin de First Beach.
Vingt minutes plus tard, je me garais en douceur non loin du van de Dan. Will sauta sur ses pied dés qu'il me vit sortir de la voiture, et courut vers moi.
_Nessie! Ma belle! J'ai cru que tu ne viendrais jamais ! T'en as mis du temps. Acheva t il en me détaillant si intensément quand j'en fus mal à l'aise.
_Salut! Ouais, j'ai eu un peu de mal à convaincre mon.. tuteur. Il a un peu du mal avec les soirées entre lycéens.
Il me prit par les épaules et m'attira vers notre groupe d'amis, tous agglutinés les uns aux autre, prés du feu. Will avait vu juste, il ne pleuvait pas. Dan avait allumé ses amplis et certains commencèrent à danser sur la plage. Je me dis que ça devait les réchauffer. L'air était tout de même relativement humide, ça n'était cependant pas désagréable. J'aimais ces températures, à l'inverse de Bella qui avait été trop longtemps habituée à la chaleur de l' Arizona.
Amber eut le don de nous faire rire en passant en revue les potins du lycée, toujours avec une note d'humour. Je ne me l'étais pas imaginé aussi sympathique. Son air revêche de tous les jours différait étrangement du ton qu'elle avait adopté ce soir, pour parler à tous, moi y compris. Cependant, lorsque nos regards se croisaient, j'y décelais une sorte de menace discrète. Je tentais d'apporter ma contribution à la bonne humeur, mais je ne me sentais pas aussi naturelle et décontractée que la plupart de mes amis. Je peinais un peu à être à l'aise. Je guettais dans leurs yeux, dans leurs gestes, le moment où j'aurais fais la gaffe qui m'aurait trahi, où ils me rejetterais. Will s'assit à côté de moi, et essaya de me faire rire. Il prenait ma main de temps à autre, me taquinais en voulant me faire peur à cause de la pénombre qui nous enveloppait. Il ignorait que mes sens hyper développés ne souffraient pas de l'obscurité. Néanmoins je me détendais, désirant à tout prix partager ce sentiment d'humanité auprès de mes «presque» semblables. Il fallait que je trouve ma place. Cette volonté était ineffable. La soirée passa agréablement, puis ils commencèrent à boire quelques cocktails-maison, que je refusais poliment. L'alcool ne me faisait aucun effet. L'air s'était rafraichit, à nouveau. J'observais les parages, outre la végétation dense, l'endroit était magnifique : des falaises escarpées se dessinaient sur les rivages, contre lesquelles les vagues s'écrasaient avec force.
_Tu veux te balader, Nessie?
Will m'offrit son plus beau sourire et un regard très séducteur. J'étais dévorée de curiosité pour cet endroit. J'acceptais, en essayant de refreiner mon enthousiasme. Il prit ma main et m'entraina vers les bois, tout en parlant. D'un débit rapide et fourni. L'alcool avait délié sa langue et il s'exprimait sans aucune honte. Au sujet de son équipe, de sa petite amie Amber qui l'agaçait à présent, de ses tourments d'adolescent rebelle à ses parents. J'essayais de le consoler, cherchant les mots justes. Puis il passa du coq à l'âne et me dévisagea de plus belle. Ses yeux luisaient de désirs,encore. Ce regard aurait pu provoquer en moi de la satisfaction, néanmoins je fus parcourue d'un frisson étrange. Qui s'accrut lorsqu'il caressa mon avant bras.
_Tu me plais vraiment, Ness. T'es magnifique, tu le sais. Bien plus belle que Amber. Elle est jalouse d'ailleurs. Et elle a raison.
Il se pencha sur moi en prononçant ces derniers mots. Son visage était dangereusement proche du mien, il me soufflait son haleine de Whisky au visage. Je me reculais avec précaution. Nous étions assez loin du rivage, et les arbres laissaient filtrer la lueur de la pleine lune. Je n'avais pas envie de le blesser. Il m'avait paru gentil, dés les premiers instants ou je l'avais rencontré, il avait osé aborder les Cullen, ce qui n'était pas rien, lorsque l'on connaissait notre famille. Nous étions tellement repoussants.
_Ness... chuchota t-il en me prenant par les épaules avec un peu plus de force.
Je réfléchissais. J'étais en proie au doute. Une partie de moi avait envie de me rapprocher de ses humains, d'être comme eux, acceptée enfin. Mais une voix en moi me mettait en garde, contre eux, ils étaient si peu fiables. Et je n'aimais pas les manières insistantes qu'avaient Will. Il me semblait un peu trop sûr de lui, trop possessif aussi. Mentalement, je révisais mes options, si je me brusquais, il risquait de se rendre compte de ma force surpuissante, j'allais devenir le monstre de Forks ; Si je filais tel un éclair, il le dirait aux autres. D'autre part, je devinais qu'il était un peu ivre, peut être avais-je une chance de lui faire croire qu'il avait rêvé. Mais son regard était beaucoup trop confiant, je devinais qu'il était à peu prés maître de lui même, et que l'alcool ne lui avait donné que plus de courage. Je commençais à trembler. Comment les humains réagissaient dans de telles situations? Si je criais, il serait confus, mais ça m'étais égal, toute la sympathie que j'avais éprouvé pour lui, s'envolait à mesure qu'il serrait son étreinte. Et nous étions certainement trop loin pour que nos amis nous entendent.
Il caressa mes bras, et m'attira vigoureusement contre son torse. Il promenait son visage dans mes cheveux. Je m'offusquais.
_Laisse moi, Will, je ne veux pas! Je rentre chez moi, tout de suite!
Ma voix se voulait assurée cependant je grimpais dans les aigus en finissant ma phrase.
Il garda ferme sa prise autour de mes bras. Je fis un geste un peu violent. Étonné il resserra son étau, et m'embrassa dans le cou. Puis sa main glissa sur ma clavicule, descendit plus bas encore.
_Lâche moi, je te dis! Je ne rigole pas!
_Laisse toi aller Ness, t'en a envie, je le sais. Tu m'aimes bien. Et puis, tu voudrais pas passer l'année seule avec ta cousine, sans amis. Tu seras une des nôtres. Mmh. Tu es si belle.
Il tenta de m'embrasser. Je criais.
_Non!
Il me jeta sur le sol humide. Je sentis que je risquais de faire une erreur, allais-je dévoiler l'étendue de mes pouvoirs devant cet humain saoul? Je pensais à Carlisle, à Esmée, à mes frères et soeurs, avais je le droit de réduire à néant le semblant de vie humaine qu'ils s'étaient construit.
_ Tu n'es qu'une sale Cullen! Tu ne seras jamais des nôtres! M'assena t-il furieux.
Il me gifla. Bien sur, je ne ressentis aucune douleur. Lui certainement. Je m'étais un peu reculée pour ne pas lui casser le bras, j'aurais bien aimée pourtant. Je me sentais prisonnière de mon corps, en cet instant.
Des tréfonds de la forêt un grondement retentit, grave et puissant. Une bête sauvage certainement, si j'en croyais mon odorat. Je respirais plus librement. Will allait se sauver. Agenouillé contre moi, il balbutiait, en proie à la panique.
_Si tu parles, je dis à tout le lycée que t'es une salope.
Il tenta de me gifler, un seconde fois, lorsque un loup surgit. Immense, dans l'obscurité. Il retroussa ses babines , dévoilant des crocs étincelants. Will se leva souplement, et courut, en bon sportif qu'il était, m'abandonnant sur le sol terreux, en face du mastodonte.
J'observais la créature, nullement apeurée. Je savais que mes dents aiguisées viendraient facilement à bout de sa fourrure, de sa chair et de ses tendons. Je pris appui sur l'une de mes jambes et sautai sur l'animal. La bête s'écarta sur le côté pour m'éviter, et dans un élan que je ne compris pas, elle se rua entre moi et le sol jonché de pierres. nous roulâmes sur une petite pente escarpée, tandis que je donnais des coups puissants contre les côtes de l'animal immense. Ma bouche n'arrivait pas à se refermer contre son encolure, ses membres musclés m'empêchaient de l'atteindre. J'ignorais que les loups étaient dotés d'une force semblable à la mienne, mais ne les ayant jamais combattu par le passé, je passais outre. Soudain je fus projetée contre un tapis de mousse quelques mètres plus loin. Le temps que je lève les yeux vers mon ennemi, le loup avait disparu. A sa place se tenait une silhouette musclée cachée derrière un arbuste.
Je frottais mes yeux. Je ne rêvais pas. Il s'agissait d'un être humain, grand. Immense. Je fouillais les bois à la recherche du loup, rien, pas un frémissement, pas un bruit de galopade.
_ Ne me regarde pas!
Bien entendu je n'obéissais pas. Je me relevais, et ajustais mes vêtements salis.
_Tu n'as rien? La voix était rauque, douce et teintée d'inquiétude.
Qui diable était cet homme et comment avait il surgit sans que je le remarque?
Je cessais d'avancer lorsque je me rendis compte que l'homme qui me parlait était... nu!
Je rougissais tout en me demandant ce que pouvait faire un homme dévêtu dans des bois regorgeants de loups féroces, à cette heure ci. Je priais pour qu'il ne fut pas un pervers, ce soir, j'avais eue ma dose. Une vague d'angoisse s'empara de moi alors que je comprenais qu'il m'avait certainement vu attaquer cette bête. J'espérais qu'il n'avait pas vu toute la scène, sans quoi j'étais démasquée.
Je me détournais. Il perçut mon geste. J'entendis quelques froissements, il enfilait un pantalon.
_C'est bon, tu peux te retourner, j'ai un jean.
Je restais là où j'étais, pétrifiée.
Je sentis qu'il avançait vers moi, lentement, je perçus son souffle chaud prés de ma nuque.
_Nessie... tu n'as rien à craindre. Il est parti.
Il me connaissait. Le timbre de sa voix était si chaud, si enveloppant, j'en éprouvais une bizarre sensation de bien être, de sécurité, moi qui n'en avais jamais eu besoin.
L'inconnu se tenait à quelques centimètres de moi. Je tremblais, en proie à de multiples émotions. Terreur, soulagement, curiosité et je ne sais quoi d'autres. Je parvins à articuler.
_Qui es tu?... où est le loup? Je... Je ne l'ai pas vu s'enfuir!
_ Je suis là.
_ Ne me dis pas que... Tu étais le loup..
_Et toi, tu étais une adolescente sans défense.
Je me retournais vers lui. Il me dominait de tout son être. Son visage dorée et chaleureux était cependant tendu. Il tremblait aussi.
_Jacob Black! Soufflais je dans un murmure.
Il passa sa main dans ses cheveux d'ébènes, en bataille. Pour des raisons que j'ignorais, il restait là, à mes cotés, alors que tout son être semblait vouloir m'échapper.
_Il t'a fait du mal? Réponds moi! Ce salaud t'as touché?
Il était furieux. Ses yeux sombres brulaient, il me dévisageait avec force et passion. Je soutenais son regard ardent et ténébreux.
_ Non. Je n'ai rien. Il m'a quittée lorsque tu as surgit...
Nous nous contemplâmes sous la lumière argentée de la lune, pendant de longs instants. Sa bouche pleine tremblait, ses narines frémissaient. Chaque cellule de mon corps réagissait face à lui. Je ne comprenais pas les émotions qui investissaient mon esprit. Colère, haine, désir,curiosité, frustration, plaisir, et irritation. autant de sentiments incohérents qui me heurtaient de plein fouet. Je n'aurais jamais du être si prés de lui, et le vouloir, surtout. Je comprenais qu'il m'était impossible de déplacer mon corps d'un pouce. J'étais enracinée dans le sol, à quelques centimètres de mon protagoniste.
J'entendis des voix. On hurlait mon prénom. Will avait du revenir au camp maintenant. Je haletais.
_ Ils me cherchent.
Il m'était difficile de me détacher de ses yeux noirs qui transperçaient et incendiaient ma peau de toute part. J'étais énervée de ne pas arriver à maitriser mon corps, face à lui. Je le fusillais du regard.
Finalement, je fis un pas sur le coté,puis baissais les yeux, fiévreuse. Je commençais à marcher, en direction de mes compagnons. L'indien me rattrapa et me tira le bras, doucement. Je me dérobai violemment, confuse.
_ Tu ne vas tout de même pas retourner vers ce connard! Il voulait te violer, y a même pas un quart d'heure!
Son ton m'irrita. Pour qui se prenait-il? Je savais parfaitement me débrouiller. S'il n'était pas arrivé, je suis sure que j'aurais pu me sortir de la situation, sans trop de risques. Me mentis-je.
_ Je rentre chez moi.
_ Seule?
Je me retournais, une fois de plus. Je ne comprenais pas pourquoi il s'entêtait à vouloir me suivre. Cependant j'avais une tonne de question à lui poser, et même si sa présence me faisait enrager, je devais la supporter, si je voulais obtenir un minimum de réponses.
Je soupirais.
Puis, je lui tendis mon anorak, après tout il était torse nu. Si mes camarades le voyaient surgir a demi nu, ils risqueraient de se poser des questions. Il l'enfila rapidement, même s'il était bien trop étroit pour lui, mais dans l'obscurité personne ne s'y tromperait.
_Je suis là, ça va.
Je rejoignis le groupe, suivie de l'indien. Will me regarda avec attention, sa bouche se tordait en un rictus mauvais. Son chantage tenait toujours.
_Le loup est parti, il a du avoir peur de... heu..
Je levais le menton en direction de Jacob Black.
_Jacob. Je faisait un footing dans le coin. Dit il en croisant le regard soudain apeuré de Will. Viens, Nessie, je te ramènes.
Je pris mon sac, saluais tout le monde, à l'exception de Will, et trottinais en direction de ma voiture. Jacob Black marchait parallélement à moi, tout en me jetant des coups d'oeil à la dérobée.
Je me mis au volant tandis qu'il s'installait a mon coté.
_je te dépose quelque part? Proposais-je, acide.
_Non, on va chez toi. Je rentrerais à pied.
Je levais un sourcil. Guère rassurée à l'idée de voyager avec un parfait inconnu, et encore moins en pensant que je l'amenais directement chez moi.
Le paysage obscur défila rapidement, à mesure que j'accélérais.
_Pourquoi tu ne t'es pas défendue? Jeta t-il brusquement.
Je pris une profonde inspiration et le regardait droit dans les yeux.
_ Je ne voulais pas qu'il comprenne que je suis... différente. Répliquais je en rougissant.
_Tu l'aurais laissé te faire du mal pour protéger ton secret? Ca n'a aucun sens! S'énerva t-il.
J'ignorais jusqu'où cet inconnu connaissait mon secret. Je préférais rester prudente, consciente que j'en savais bien plus que lui.
Le silence plana dans l'habitacle brulant. L'indien irradiait littéralement.
_D'où tu connais mon prénom? Enfin... Mon surnom.
_Re-nes-mée. Dit-il en détachant chaque syllabe avec amusement. Je grognais.
_Réponds, Indien, je n'ai pas beaucoup de patience!
_Ton père n'aurait pas mieux parlé! Je crois presque l'entendre...
Je poussais un soupir excédé. Je commençais à être fatiguée, énervée. Et il avait le don de me mettre hors de moi.
_Je suis un ami à ta mère, Bella. Et je connais le secret de ton clan de Vampire. Inutile de te la jouer!
J'appuyais sur le frein avec violence. La voiture sursauta et s'arrêta dans un soubresaut sur le bas coté. J'avais enfoncé la pédale à fond, et certainement froissée la tôle sous mon pied droit. Il eut un gémissement malheureux.
_Ca va être difficile à réparer. Une si belle caisse.
Il faudrait que je m'arrange pour en voler une d'ici demain matin. Peut être qu'oncle Emmett m'aiderait. Je croulais sous la fatigue, peu encline à finir le trajet en courant. J'ouvris la portière, mécontente. Sa dernière phrase m'avait surprise,choquée.
Je m'assis sur l'un des larges rochers qui dessinaient les contours de la route abimée.
_Pourquoi, ma famille, m'a t' elle caché ton existence?
Il s'esclaffa et entreprit de masser les muscles endoloris de son avant bras.
_Tu ne m'as pas loupé tout à l'heure...Ouch....Oh, ils ont leurs raisons.
_ Comment sais tu qui je suis, qui nous sommes? Et toi, tu es quoi au juste? Je n'ai jamais vu ça!
Il passa sa langue sur ses lèvres desséchées, et fronça ses sourcils,visiblement déçu.
_Tu n'as pas bonne mémoire alors. Je suis un Loup garou. Enfin un Modificateur, un truc comme ça, selon les dires de ton espèce..
Je me mis debout, m'approchais de la voiture, que je déplaçais sur l'herbe, d'une simple poussée de la main.
_ Je t'ai vu sur des photos. Quand j'étais petite...Vas tu m'expliquer pourquoi je n'ai jamais entendu parler de toi, toi qui semble si bien nous connaître, moi et les miens? Et pourquoi mon père m'a t-il interdit de t'approcher?
J'avais prononcé ces derniers mots dans un sanglot. J'étais étourdie par ses révélations, par les mensonges de ma famille, et certainement encore sous le choc de mon agression de tout à l'heure. J'avais peur de sombrer dans l'hystérie. Il fallait que je me calme.
Je glissais le long de la portière et m'accroupis sur l'herbe humide. Je tenais ma tête entre mes genoux, laissant mes larmes silencieuses couler le long de mes joues froides.
L'indien me rejoignit en une fraction de seconde, il se mit à genoux, essayant de se mettre à mon niveau. Je sentis sa main brulante qui effleurait mon front, mes cheveux. Derechef je fis un bond de quelques mètres et me retrouvais sur la chaussée. D'un revers du coude, j'essuyais mes larmes et repris une expression ferme.
_ J'exige la vérité. Indien, et tu n'y échapperas pas. Crois moi.
Je mis toute l'autorité possible dans mes intonations dures qui ne me ressemblaient pas. Il me toisa en souriant, soudain hilare. Puis il se recomposa un visage sérieux.
_ Les buveurs de sang vont être en rogne quand ils sauront que je t'ai parlé, mais pour une fois, et je t'assure que je dis pas ça souvent, tu devrais les écouter.
_Ce qui veut dire...
_ J'ai pas envie de te dire ça comme ça... Ca fait des années que j'attends ce moment, que je le redoute aussi... Ils auront réussi à tout me pourrir, même ça, j'y croit pas.
Il marmonnait ses derniers mots avec colère.
Contre toute attente, j'avançais vers lui, mes bras croisés sous la poitrine. Il pivota dans ma direction ,réduisant une fois de plus la distance qui nous séparait. Son souffle devint heurté, sa mâchoire carrée tremblait. Ses pommettes se teintèrent de rouge. J'étais plongée dans un abîme de perplexité, mais qu'attendait-il de moi? Ces propos étaient incompréhensibles. J'étais excédée.
_Nessie...Il murmurait mon prénom en me couvrant du regard, avec.... Tendresse!
Voilà que mon corps me jouait des tours, à nouveau. Qu'est ce qu'il me prenait? Mon sang battait dans mes veines avec une rapidité incroyable, diffusant un feu dévorant vers chaque extrémités de mon être. Le rouge me montait au joue et je luttais intérieurement pour le dissimuler, sous l'assaut de ses prunelles noires ardentes. Dans mon ventre, un essaim de papillon voletait, et je me crispais en proie à l'attente.
À cet instant, nous fûmes dérangés par l'éclat aveuglant des phares d'une mercédés noire, qui s'arrêta à quelques mètres de moi, dans un dérapage contrôlé bruyant.
_Nessie!
La voix aigüe de mon amie Alice me sortit de l'état végétatif dans lequel j'étais depuis que Jacob Black m'avait ensorcelé du regard. Cette dernière bondit de la voiture et fut à mes côté en une seconde, foudroyant au passage Jacob. Je levais la tête vers le corps fluet de ma cousine, la mine penaude.
_ Toi, mon vieux, tu vas regretter d'être né! Hurla t-elle à l'encontre de l'indien qui affichait un air amusé et triomphant.
_Moi aussi je t'aime Alice. Tu as passé une bonne soirée, en compagnie de tes charmantes sangsues?
Elle ne répliqua rien mais prit ma main avec force et m'entraina vers son luxueux engin. Je n'eus que le temps de m'assoir sur le confortable siège en cuir que déjà la voiture nous enlevait loin de mon compagnon à une vitesse affolante. Je regardais Alice, ses sourcils arqués se rejoignaient en accent circonflexe, elle se concentrait sur la route, bien plus que d'ordinaire. Je compris qu'elle réfléchissait.
_Tu m'avais promis. Lâcha t-elle, déçue.
_ C'était pas voulu.
Je regardais le cadran lumineux, il était un peu plus de minuit de demi.
_ Je me suis aperçue très tard que je t'avais perdue de vue... J'étais trop concentrée sur le retour de Jasper. Edward va me tuer. Quelle idiote!
_ Je voulais juste m'amuser, tu le sais ,Alice! Je.. Je suis humaine aussi! Merde. J'ai besoin de savoir que je peux être comme eux aussi!
Je sanglotais à présent. Elle se décontracta et m'adressa un pauvre sourire.
_je sais que ce n'est pas facile à vivre. Ce métissage... Raconte moi ce qui s'est passé, je ne m'énerverais plus, promis.
Je respirais à coup saccadée, puis je débitais rapidement.
_ Je suis partie à la Push pour la soirée de Will, au début ça s'est bien passé, on rigolait bien, c'était cool. Vraiment, tu sais. Mais après, je suis allée me balader avec lui dans les bois, il avait envie de parler, puis il avait bu un peu aussi.» Elle me dévisageait, avec des yeux ronds et inquiets. Je repris ma narration, rougissant de plus belle. « Et là, il a commencé à être un peu trop.. proche de moi! Il a essayé de m'embrasser, et j'ai eu peur d'utiliser ma force, tu sais, je voulais pas tout gâcher, tout ce que vous aviez construit depuis des années, juste à cause d'un accident avec ce gars, alors il m'a battue, et puis on a entendu un grognement dans la forêt. C'était un loup, et Will s'est barré en me laissant seule.»
Alice grinça des dents alors que j'évoquais le comportement de Will.
_ J'aurais du me douter que ce connard avait de sales intentions envers toi. J'aurais du le voir. Continue, s'il te plait, et n'omets aucun détails!
_ Comme il n'y avait plus d'humains en vue, j'ai décidé de combattre le loup qui avait l'air féroce. Je me suis jeté dessus et on s'est battu quelques instants, mais il était trop fort pour que je le tue. J'ai même pas réussi à le blesser.
Elle ricana en marmonnant un « j'aurais adoré ça!» je repris, un peu gênée par les moments que je me préparais à évoquer.
_Puis il m'a jeté sur le côté et lorsque j'ai ouvert les yeux, il s'était transformé en un..homme! En Jacob, tu vois. Comme vous me cachez tous pleins de choses depuis le début, j'ai décidé de lui tirer les vers du nez, alors on a pris le chemin du retour, sauf qu'un de ses propos m'a énervé et j'ai défoncé le plancher de la Mazda d'Edward. Et tu es arrivée.
Nous arrivions devant le cottage qui se découpait entre les sapins obscurs. Elle se gara en douceur, et resta silencieuse jusqu'à ce que nous atteignîmes ma chambre. Je m'allongeais sur mon lit sans même retirer mes tennis. Alice me rejoignis, pensive.
_ Ne t'en fais pas pour la Mazda de ton père, je la remplacerais avant leur retour. Est ce que Jacob t'as dit des choses.. bizarres?
Je fis signe que non. J'étais épuisée, et la seule chose que je désirais, outre une douche brulante, c'était de pouvoir dormir et d'arrêter de penser aussi. Je la congédiais donc, maladroitement. Elle ne fut pas dupe, et partit en ronchonnant, tout en insultant l'indien de clébard, et autres noms de chien. Ces deux là ne s'appréciaient vraiment pas.
Quelques instants plus tard, j'étais seule dans le cottage, et prête à m'endormir, vêtue d'une nuisette en coton. J'étais prostrée dans mon lit, en proie à l'affolement. Le contrecoup. Il m'assomma. J'avais eu peur. Pour la première fois. L'humain m'avait terrorisé, avec ses gestes. Je m'étais sentie salie, brusquée. Et prisonnière de mon corps hybride, trop puissante pour pouvoir réagir, trop faible pour comprendre ce qui m'arrivait. L'intrusion de L'indien m'avait sauvée, malgré tout ce que j'avais dit, ce soir. Je tremblais à son souvenir. La pensée de son regard pénétrant me paralysa à nouveau. Et je me mis à pleurer de manière incontrôlable, tout en étreignant mes maigres épaules. Le sommeil eut raison de mes accès de tristesse, tant j'accueillis avec joie le moment ou il m'en libérerait.